Comment créer quand l'espace dépasse le cadre... je pensais ne pas y arriver
- gauret
- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
Cette exposition ne raconte pas une réussite. Elle ne raconte même pas vraiment une exposition.
Elle raconte un moment précis, intérieur, de doutes, de repositionnement. Un moment où je me suis retrouvée face à quelque chose de trop grand pour mes cadres habituels, mon cadre habituel.
Tout a commencé par une sélection. A l’été 2025, , mon agent a envoyé mon book à l’InterContinental – Hôtel Dieu à Marseille et j ai été sélectionnée pour y exposer en juillet.
Comme je le fais toujours lorsque c’est possible, je suis allée voir le lieu en amont. Comprendre l’espace. Le ressentir. Me laisser traverser.
Je découvre alors cet hôtel merveilleux face à la mer, d’une architecture remplie d’histoire avec son lobby immense… Un espace spectaculaire. Des colonnes monumentales, de plus de trois mètres de haut, de 90cm de large.Un lieu qui exige immédiatement une autre échelle.
Très vite, une pensée s’impose : mon travail ne correspond pas à ces dimensions.Rien qui puisse dialoguer naturellement avec cet espace-là.
Les échanges s’enchaînent. Rendez-vous avec la directrice de la communication. On parle déjà de communiqué de presse, d’invitations, de cocktail, de calendrier. Tout avance. À l’extérieur, tout est en place.
À l’intérieur, non.
Je repars sur Montpellier avec cette phrase qui tourne en boucle : ce n’est pas possible, je ne vais pas y arriver !
Je suis dubitative mais je ne dramatise pas.Je n’essaie pas non plus de résoudre.Je laisse faire.Je dors dessus.
Le lendemain, je donne un atelier d’innovation créative dans une grande entreprise.J’y transmets ce que je pratique depuis des années : apprendre à regarder autrement, déplacer les angles, sortir du cadre, accepter de faire un pas de côté grâce au dessin.À un moment, cette pensée s’impose, très simplement : applique-le à toi-même.
Il n’y a pas eu d’illumination. Pas de déclic spectaculaire. Pas de solution immédiate.
Il y a eu un déplacement.
J’ai cessé de vouloir faire entrer mes œuvres dans l’espace.J’ai commencé à écouter ce que l’espace appelait.Sans renoncer à mon langage.Sans le forcer non plus.
La mer est restée là.La vague, le mouvement éphémère dans une immensité plus grande que lui.
Mais le geste a changé d’échelle.
Pour la première fois, j’ai alors travaillé sur des formats monumentaux : des toiles de 240 × 160 cm.Je les ai pensées en deux parties, séparées, pour qu’elles dialoguent avec les piliers, avec la verticalité, avec la respiration du lieu.
Ce n’était pas une démonstration technique. Ce n’était pas un dépassement héroïque non pas du tout.
C’était une extension naturelle.Un élargissement.
Je n’ai pas vaincu une contrainte.Je ne l’ai pas contournée non plus.
Je l’ai laissée m’apprendre quelque chose.
J’ai appris à faire plus grand que ce que j’avais fait jusque-là.À engager mon corps autrement sur la toile.À accepter des gestes plus amples, plus ouverts, plus engageants.
Et surtout, j’ai appris à ne pas me retirer quand quelque chose semble trop vaste, trop exigeant, trop inconnu.
Cette exposition est née de là.D’un doute réel.D’un temps de silence.
D’un questionnement
D’un regard déplacé.
Elle s’est inscrite dans le lobby de l’InterContinental comme une continuité de ma recherche. C’est la monumentalité du lieu qui m’a donnée une leçon, qui m’a apprise comment créer ma vague différemment, comment créer à une autre échelle.
Parfois, créer ne consiste pas à trouver une solution.Mais à accepter que le cadre change, sans se perdre, sans se travestir, en allant plus loin que ce que l’on croyait possible, et à avancer avec lui.






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